Connaissez-vous ces nuits d’encre où la douleur — qu’elle soit physique, morale ou spirituelle — devient si lourde qu’on en vient à regretter le jour de sa naissance ?

Jean de la Croix, carme espagnol décrit en parlant des nuits de l’âme, ces moments où l’on ne ressent même plus la présence divine. Ces temps où l’on se sent si seul, si abandonné.

Job, jusque là assez mutique va s’exprimer dans le chapitre 3 du livre qui porte son nom.

Ce chapitre, c’est le cri déchirant, brut et sans filtre que pousse Job face à la souffrance qui l’assaille. La piété digne et silencieuse des débuts laisse place à une plainte viscérale : « Pourquoi donne-t-il la lumière à celui qui souffre, et la vie à ceux qui ont l’amertume dans l’âme ? » (Job 3:20).

Parfois, dans nos milieux évangéliques, nous éprouvons une forme de gêne face à la détresse. Nous pensons, inconsciemment, qu’un chrétien mature doit toujours afficher un sourire victorieux et masquer ses doutes. Le chapitre 3 de Job vient briser ce tabou de manière salutaire.

Dieu ne censure pas la douleur de Job. Il ne l’interrompt pas pour lui faire un cours de théologie. Il écoute ce cri de désespoir, car au fond, ce cri est encore une prière : Job ne parle pas contre Dieu, il crie vers Dieu. Il ne fuit pas le Seigneur, il l’interpelle. Notre communauté veut être ce lieu de grâce et de sécurité où chacun a le droit de pleurer, de douter et d’exprimer sa peine.

Notre Dieu est assez grand, assez fort et assez aimant pour accueillir nos larmes et nos « pourquoi ». N’ayons pas peur d’être vrais devant Lui.

Cela nous oblige à nous interroger sur la place que nous laissons à la complainte dans nos vies, dans nos communautés. M’arrive-t-il de masquer mes souffrances ou mes doutes par peur du jugement des autres ou par peur de décevoir Dieu ? Comment pouvons-nous, dans nos cultes ou nos groupes de maison, redonner une place légitime à la complainte et à l’honnêteté émotionnelle ?