Dans nos sociétés modernes axées sur la performance, la réputation et le diplôme, la valeur d’un individu se mesure trop souvent à son statut ou à l’approbation du grand nombre. Ceux qui ne rentrent pas dans les cases — les marginaux, les mal-aimés ou ceux que l’histoire semble avoir oubliés — se retrouvent vite relégués à l’ombre. Pourtant, l’Évangile renverse avec audace ces grilles de lecture humaines : Dieu ne choisit pas ceux qui ont déjà l’approbation du monde, Il choisit souvent ceux que la société rejette afin de manifester l’éclat de sa grâce.

Matthieu : du mépris public à la table du Roi (Matthieu 9.9-13) S’il y avait un homme écarté par la communauté religieuse et sociale de son époque, c’était bien Matthieu. En tant que collecteur d’impôts pour l’occupant romain, il était perçu comme un traître, un profiteur et un pécheur public. On le regardait de haut, on l’évitait, on le condamnait.

Pourtant, lorsque Jésus passe devant son bureau de péage, Il ne voit pas un homme à exclure, mais un disciple à appeler. Un seul mot de Christ — « Suis-moi » — suffit à arracher Matthieu à sa marginalité. Mieux encore, Jésus s’invite à sa table, provoquant le scandale chez les pharisiens. Par ce geste, le Sauveur pose un diagnostic radical : « Ce ne sont pas les gens en bonne santé qui ont besoin de médecin, mais les malades. » Là où la religion morale rejette, la grâce de Dieu restaure. Le publicain méprisé devient l’apôtre et l’évangéliste par qui la Bonne Nouvelle parviendra jusqu’à nous.

Esther : d’une orpheline exilée au salut d’un peuple (Esther 4.10-17) Bien avant Matthieu, l’histoire d’Esther nous montre une trajectoire tout aussi improbable. Jeune orpheline juive, issue d’un peuple captif et minoritaire dans l’immense Empire perse, elle n’avait sur le papier aucun pouvoir, aucune voix, aucun avenir garanti. Rien ne la destinait à influencer le cours de l’Histoire.

Pourtant, face au décret d’extermination qui menace les siens, Esther est appelée à sortir de sa réserve. Comme le lui rappelle son oncle Mardochée avec une lucidité saisissante : « Et qui sait si ce n’est pas pour un temps comme celui-ci que tu es parvenue à la royauté ? » Malgré le risque de mort, malgré sa fragilité de femme et d’exilée, Esther accepte de se tenir debout. Dieu s’est servi d’une jeune fille anonyme pour faire échec à l’orgueil des puissants et sauver son peuple.

Un peuple choisi pour annoncer la grâce (1 Pierre 2.9-10) Les histoires de Matthieu et d’Esther ne sont pas des exceptions historiques ; elles sont la signature du Royaume de Dieu. L’apôtre Pierre le résume parfaitement en s’adressant à l’Église : « Vous, au contraire, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière. »

Pierre rappelle une réalité frappante : « vous qui autrefois n’étiez pas un peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu ». Nous sommes tous, d’une manière ou d’une autre, des graciés. Dieu n’a pas arrêté son regard sur nous en raison de nos mérites ou de nos titres, mais par pur amour, alors que nous n’avions rien à offrir.

Cette vérité est une délivrance et un appel. Une délivrance, parce que le regard des autres ou vos échecs passés ne définissent plus votre valeur devant Dieu. Un appel, parce que l’Église Protestante Baptiste est invitée à poser sur notre ville le même regard que le Christ : un regard qui ne rejette personne, mais qui tend la main aux oubliés pour leur offrir une place à la table de la grâce.